Baromètre Ifop-Match : le macronisme, ça marche ! 

Nul ne sait –pas même l’intéréssé- où en sera Emmanuel Macron au terme de son quinquennat. Aura-t-il ou non réussi d’ici là à faire reculer le chômage de masse ?    

Avec les résultats du baromètre mensuel Ifop-Match de janvier qui crédite le président de 53% d’opinions positives (+3 points par rapport à décembre), il est en tout cas une certitude : le chef de l’Etat dérègle toutes les vieilles boussoles. Il est aujourd’hui en situation de force. D’autant que les oppositions –qui attendent le président au tournant, mais sont privés d’un « angle de tir »- tâtonnent. C’est même peu dire.

Le verdict du baromètre Ifop-Match est, en effet, formel : après s’être interrogés, une majorité croissante de Français font aujourd’hui confiance au chef de l’Etat. Et à son Premier ministre qui, avec 59% d’opinions favorables, gagne, lui, 7 points en un mois. Au minimum, les Français demandent donc à ce que l’éxécutif puisse agir sans entraves. Pour le juger sur pièces. 

Les six atouts du président, qui a la chance d’être servi par un opportun retour général de la croissance en Europe, mais qui devra se méfier d’une majorité parlementaire composite et guère assurée d’elle-même.

1. Il a totalement réhabilité la fonction présidentielle.

2. Il a restauré le principe d’autorité. « Gouverner, c’est choisir », disait jadis Pierre Mendès-France.

3. Il a jeté aux orties l’idéologisme –ou les idéologies- au profit du pragmatisme.

4. Avec Edouard Philippe, il a un Premier ministre loyal, rassurant et complémentaire.   

5. Macron ne s’est pas enfermé dans la finance ou l’économie : il est sur tous les fronts. Jusqu’à donner aux électeurs le tournis.  

6. Il a remis la France en première ligne en Europe. En profitant des tracas d’Angela Merkel et des errances de Trump. Le voici même en première ligne jusqu’en Chine.

Le grand pari politique de Macron se précise: structurer une alliance des sociaux-démocrates, des gaullistes et de la droite moderniste. S’il y parvient, ce serait pour le coup, par rapport à soixante ans d’histoire politique française, une… « révolution ».

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Macron : pourquoi ça marche, pourquoi ce n’est pas joué

Emmanuel Macron le sait: au bout du compte, donc au bout de son quinquennat, il sera jugé sur sa capacité à avoir fait reculer –ou non- le chômage de masse.
En attendant, simple constat, il ne cesse de marquer des points.

1. Il ne prétend pas, comme son prédécesseur, être un homme « normal » : il assume à 100% la singularité de la fonction présidentielle sous la Vème République.

2. Il ne cherche pas la synthèse à tout prix. Lui ose et tranche. Pire qu’une mauvaise décision, suggère-t-il: une non-décision.

3. Il revendique à l’heure du choix, comme il l’a encore fait dimanche soir face à Laurent Delahousse, la « solitude » de l’exercice du pouvoir.

4. A l’inverse de son prédécesseur, il ne cogère pas avec les journalistes, qu’il maltraite d’ailleurs souvent ou bien instrumentalise. Ce qui n’émeut pas le peuple. 

5. Il a pris ses distances avec le jeu de partis qui, de toute façon, n’ont pas la cote. Au risque de créer chez ses soutiens d’En Marche pas mal de vague à l’âme : mais, finalement, à quoi sert-on ?

6. Politique étrangère, Education : sur ces deux terrain déjà, sa démarche imprime, comme on dit, et fait diablement contraste.

Il y a aujourd’hui dans le rapport de l’opinion à Macron quelque chose qui ressemble à ce qui se passait, toutes choses égales par ailleurs, du temps de De Gaulle. Séduction –voire fascination- ou bien formidable exaspération : le rapport au chef est redevenu, comme jadis, absolument passionnel.  

Pour le moment, l’homme du « nouveau monde » impose à tous, même à ses adversaires, son rythme et son calendrier.

Lui dont ses adversaires et même une partie de ses amis craignaient qu’il soit trop jeune et dangereusement inexpérimenté a, en six mois, levé les doutes. Au point, c’est un comble, d’apparaître comme l’homme qui rassure.

Mais rien n’est acquis: quand le président, au détour d’une phrase, dit sur France 2 « mon peuple », soudain surgit comme un petit doute…

Ce qui a changé en six mois en France

Quel que soit le jugement que l’on porte sur Emmanuel Macron –positif, négatif, dubitatif- et quel que soit l’avenir qu’on lui prête, le chef de l’Etat aura, en six mois, contribué à changer sur six points-clés le climat national. 
C’est un acquis pour tous, même si Emmanuel Macron, dont l’assise politique est étroite, sait parfaitement que c’est sur le recul ou non du chômage de masse qu’il sera d’abord, le jour venu, jugé.

1. L’autorité. Elle est redevenue, dans l’ensemble de la société, une vertu qui n’est plus conspuée. Reste à ce qu’elle soit partout… respectée.

2. L’Europe. Elle est redevenue un enjeu, un objectif et même parfois une envie. Changement majeur dont Marine Le Pen a été la première, au moment de la présidentielle, à faire les frais.

3. Le déclinisme (« C’était mieux hier »). Il a vertigineusement reculé. La France ignore de quoi sera fait son avenir, mais se remet à penser qu’elle en aura un. Virage sur l’aile.   

4. L’idéologie. Omniprésente dans les débats publics depuis vingt ans, elle bat globalement en retraite, sauf dans les rangs de France Insoumise. Au profit de deux thèmes typiques de la social-démocratie nordique: le pragmatisme, l’expérimentation.    

5. La diplomatie française. Profitant de l’effacement américain et britannique, de l’embarras russe et des tracas allemands, l’Elysée retrouve un vrai rôle de leader ou d’arbitre. De Berlin à Ryad et Téhéran. Situation durable ?  

6. L’attractivité. La France, étrangement, redevient attractive. Jusqu’à obtenir, contre toute attente, l’organisation, après celle des Jeux Olympiques, de la Coupe du Monde de rugby. Petits signes des temps, qui ont du sens.

Plenel-Valls-Charlie-Hebdo : 1 affrontement majeur, 4 leçons 

La querelle entre Charlie-Hebdo et Manuel Valls, d’une part, Médiapart et Edwy Plenel de l’autre –et leurs alliés respectifs- est tout, sauf dérisoire. Elle monte chaque jour d’un cran et pourrait, sauf cessez-le-feu, déraper carrément.

1. Fascinée par la personnalité (forte mais très discutable) de l’idéologue ambivalent Tarik Ramadan, une fraction de la gauche française –à l’image d’Edwy Plenel, l’ex-patron du Monde, aujourd’hui à la tête de Médiapart- refuse tout distinguo entre islam et islamisme radical, et assimile toute critique de l’influente minorité islamiste radicale à une agression, ni plus ni moins, contre la communauté musulmane en général.

Plenel vient même d’écrire carrément que Charlie-Hebdo et Valls –par leurs dessins et propos- avaient déclaré la guerre aux « musulmans de France ». Cela, il fallait l’oser.   

2. Même s’il utilise parfois au service de son combat une sémantique elle-même violente (« …rendre gorge… »), Manuel Valls se pose, lui, en défenseur pur et dur d’une laïcité à la française aujourd’hui mise en danger par des salafistes qui entendent la contourner puis, espèrent-ils, l’abattre.

Combattre les ultras, défendre l’immense majorité des Français de confession musulmane : tel est le combat que revendique l’ancien Premier ministre. Un combat courageux, et aussi conséquent car il ne l’a pas entamé avant-hier. 

3. Ce conflit entre le Charlie-Hebdo de Riss et Médiapart est, quelque part, le fruit des non-choix du PS sous Hollande pendant quinze ans (10 ans de Hollande à la tête du PS, 5 ans de Hollande à l’Elysée). Quinze années sans vrais débats d’idées à gauche, sans réflexion de fond sur un monde qui, pendant ce temps, changeait à toute allure. Tout ou presque avait été rangé au fond d’un tiroir. Or on ne rattrape pas comme cela tant de temps perdu.

4. Ces échanges au bord du gouffre témoignent du climat électrique qui prévaut aujourd’hui globalement en France, et pas qu’à gauche. Une allumette, et la broussaille prend feu. Il est vrai qu’on ne sort pas impunément de vingt ans d’une société dangereusement statique puis bloquée. Une société dont Macron cherche, depuis son élection, à briser les verrous.

Juppé-Macron : entre eux, c’est du sérieux

Alain Juppé n’a pas de chance : presque chaque fois qu’il dit une chose forte, on lui prête des extrapolations gratuites.

Que vient de confier, en européen convaincu, le maire de Bordeaux ?

1. Son accord avec le discours sur l’Europe d’Emmanuel Macron à la Sorbonne le 26 septembre dernier. Un discours français, un discours franco-allemand, un discours fort. Un discours qui se veut refondateur.

2. Sa conviction que l’Europe est chose plus que jamais vitale. A l’heure d’une mondialisation « déréglée » (dixit Macron), d’un Trump imprévisible, de la montée des nationalismes (de la Catalogne à la Pologne), du Brexit, d’une Allemagne à son tour saisie par le doute jusqu’à voir resurgir des néo-nazis au Bundestag…

3. La nécéssité que le groupe central (selon une expression qu’affectionnait autrefois Giscard) des pro-européens sache faire bloc, d’une façon ou d’une autre, lorsque viendront les élections européennes de 2019. Pour sauver l’Europe (car elle peut se désintéger demain), pour la faire progresser. Pour que les valeurs démocratiques qui la fondent arrêtent de reculer devant Banque et Finance.

Des confidences sérieuses, et même graves.

Mais certains ont voulu voir autre chose. L’ancien Premier ministre prônerait, depuis sa cuisine bordelaise et pour les élections européennes de 2019, des listes communes « droite-gauche » que pourrait conduire… Macron.

Que le président de la République conduise lui-même une liste aux élections européennes, ce serait nouveau, et saugrenu. Passons.

Quant à savoir où en sera la situation du pays en 2019, psychologiquement, politiquement et… électoralement, absolument personne –même Macron- ne peut aujourd’hui le dire.

En revanche, Juppé a bel bien envoyé deux messages, même s’il n’en a pas donné la traduction concrète (« On n’en est pas là »).

Premier message à l’intention de Laurent Wauquiez. Pour lui signifier que, s’il continue à dériver à droite –avec un œil obstinément fixé sur le FN en crise- et à oublier ses propres engagements européens de jadis, ce sera sans lui, Juppé. L’éclatement de l’ex-UMP, à supposer qu’il soit encore rattrapable, deviendrait alors définitif.

Second message à l’intention d’Emmanuel Macron. Pour l’encourager dans son volontarisme européen en ces temps incertains où l’Histoire menace de bégayer. Car pour Juppé, pas de doute : l’avenir de la France –qui peut redevenir leader en Europe- passe par l’Europe et si l’Europe flanchait, ce ne serait pas un échec, ce serait une tragédie.

La « commémoration » de Mai 68 : pourquoi Macron y renonce

Emmanuel Macron aurait finalement écarté l’idée –que lui avaient soufflée certains de ses collaborateurs- de « commémorer » (sic) l’an prochain les 50 ans du Mai 68 français.

C’était, il est vrai, la fausse-bonne idée.

Pour autant, l’abandon de ce projet de commémoration est révélateur.

1. La France a décidément toujours énormément de mal à poser un regard apaisé sur son passé récent. A l’évidence, les « pavés » de Mai 68 sont encore brûlants.

2. Il n’y a pas un Mai 68 mais, aujourd’hui encore, plusieurs vécus de Mai 68.

3. La France est aujourd’hui, psychologiquement, si fragile qu’elle n’a probablement pas les moyens de s’offrir un débat supplémentaire qui la diviserait davantage.

Le seul Mai 68 qu’aurait pu « commémorer » Emmanuel Macron, c’est l’arrivée aux commandes cette année-là de la génération du baby-boom de l’après-guerre. Cette génération vivait le gaullisme finissant -sur le plan sociétal mais aussi sur le terrain politique- comme asphyxiant. La révolte, que personne n’avait vu venir, aura pris au fil des jours une ampleur inouïe. Qui en dit long sur l’état réel de la société de l’époque.

Telle est l’une des vérités de Mai 68. Toutes choses égales par ailleurs, peut-être Macron, s’il avait voulu « commémorer », aurait-il esquissé un parallèle avec l’arrivée aux commandes du pays en 2017 de la génération des « Marcheurs », récusant à leur tour un système politique à bout de souffle.

Mais voilà, il y a –parallèlement- d’autres Mai 68 :

-Celui de l’extrême-gauche et de l’ultra-gauche qui ont cru leur jour venu, et ont pensé pouvoir prendre le pouvoir à la faveur, pendant quelques semaines, d’un historique délitement de l’Etat.

-Celui de syndicats débordés, perdus puis suivistes.

-Celui de la gauche socialiste (Mitterrand-Mendès) qui a tenté sans gloire et sans résultat de prendre le train en marche. Avec des communistes qui avaient, eux, le pied sur le frein.

-Celui d’une droite d’autant plus déboussolée que les « fils de bourgeois » et parfois enfants de ministres étaient présents en masse dans les manifs : aphone, elle aura cru au pire jusqu’à la contre-manifestation du 31 mai 1968 sur les Champs-Elysées.

En « commémorant » Mai 68, Macron aurait donc pris énormément de risques –politiques et idéologiques- pour un gain clairement aléatoire. Mais, avec Macron, le dernier mot est-il dit ?

7 mai-7 novembre : au bout de six mois, quelle note donner à Macron ?

Emmanuel Macron –qui aura 40 ans le 21 décembre prochain (signe astrologique : Sagittaire)- s’apprête à fêter mardi 7 novembre ses six mois de chef de l’Etat.
Qui imaginait cela il y a deux ans quand la droite assurait que la bataille de 2017 était, pour elle, « imperdable », quand François Hollande guettait à l’horizon les signes avant-coureurs de bons indices (« Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? »).

Macron ou « M. Désert de l’âme », cingle un Laurent Wauquiez qui, comme tant d’autres, peine à trouver contre le président le bon angle d’attaque, et s’exaspère.

Une évidence en effet : jusqu’ici, Macron, ça marche. Même s’il reste politiquement fragile, et donne souvent le sentiment d’avancer –non sans brio- sur un chemin de crête. En permanence, le fossé n’est pas loin.

Durant ses six mois, ont tout tenté contre Macron mais, à ce jour, sans l’ébranler: Marine Le Pen, Mélenchon, Hollande. Wauquiez, à son tour, s’époumone : « Il n’aime pas la province ».

Les atouts maîtres de Macron, qui n’allaient pas de soi:

1. Il a réhabilité la fonction et l’autorité présidentielles. Ce dont Jean-Pierre Chevènement lui a donné acte cette semaine en saluant sa « rupture » avec l’immobilisme des « trois héritiers » (il les nomme : Mitterrand, Chirac, Hollande) du rad’soc Henri Queuille (sic). Queuille, une figure des IIIème et IVème Républiques, célèbre pour ses aphorismes en forme d’entourloupe : « Il n’y a pas de problème, proclamait-il ainsi, dont une absence de solution ne finisse par venir à bout ».

2. Macron a fait preuve jusqu’ici d’un impressionnant sens politique dont bien peu créditaient naguère un homme aussi jeune et, ajoutait-on, aussi inexpérimenté.

3. Il a redonné des couleurs à l’Europe malmenée –et à son drapeau- et, par là même, il a redonné à la France un horizon.

4. Il a de la chance. Même si la chance, il faut savoir la forcer ou, au moins, l’entrevoir à temps. Ce qui n’a pas été le cas de la droite en 1997 quand Chirac –poussé par Villepin et par Juppé- a choisi de dissoudre l’Assemblée nationale juste au moment où les clignotants de la croissance s’apprêtaient à passer au vert. Ce dont Lionel Jospin, abasourdi du cadeau, a su profiter.

Aujourd’hui, le changement est si brutal que les Français ne savent pas encore très bien quoi penser de Macron. Aucune nostalgie ne les habite, mais ils s’interrogent: tiendra-t-il la distance ? Saura-t-il autrement qu’en mots bâtir un « nouveau monde » ? Résistera-t-il à la griserie, à une forme de suffisance, au « Moi, je » ? Dépassera-t-il le clanisme, tentation à laquelle beaucoup de « marcheurs » -simple constat- succombent ?

En tout cas, pour l’heure, Macron tient la route. A la tête d’une société complexe et qui reste à débloquer, une performance.